Mon chemin pour me sentir bien dans mon assiette

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L’histoire débute il y a presque trois ans, alors que les associations de défense des animaux commençaient à révéler au grand public les conditions de vie et d’abattage de la majorité des animaux qui finissent dans nos assiettes. Les vidéos insoutenables dont je n’ai pu regarder que quelques bribes ont sérieusement entamé mon appétit de viande. C’était devenu instantanément inconcevable pour moi de soutenir ces pratiques, notamment en finançant leurs acteurs (aka les abattoirs, l’industrie agro-alimentaire, les chaînes de supermarchés…). Le jour-même j’ai mangé le contenu de ma gamelle, faute d’autre choix, et en rentrant ce soir-là j’ai annoncé à Chéri que je ne souhaitais plus manger de viande. Chéri est objectivement parfait, il a dit OK, tu as raison (il avait aussi vu la vidéo en question), f*ck l’industrie de la viande, ON va arrêter d’en manger. Je ne m’y attendais pas du tout mais mon grand carnivore de mari, avait décidé de me suivre et c’est ainsi que nous avons arrêté d’acheter de la viande du jour au lendemain.

 

Crédit photo : Diana Dypvik (Pexels)

S’en sont suivi de longues réflexions sur le sujet.

Pourquoi mangeons-nous de la viande ?

On peut manger de la viande parce qu’on aime ça tout simplement, ça c’est le cas de Chéri, ou, et cela est plutôt mon cas, parce qu’on a été élevés dans la tradition de la cuisine française. Je te mets au défi de trouver une recette de cuisine française dont l’intitulé ne commence pas par une pièce de viande. Bon ok il y a les endives au jambon, mais quand on y pense sérieusement, la culture alimentaire française n’offre pas beaucoup d’alternatives non-carnées qui ne donnent pas l’impression de se nourrir de tristes accompagnements. On grandit donc avec des œillères culinairement parlant car lorsque l’on s’ouvre un tout petit peu à la cuisine d’ailleurs, on trouve de nombreux plats végétariens voire végétaliens qui sont excellentissimes.

Et les protéines dans tout ça ? Ça c’est la question que tous les gens de la génération de mes parents (ou plus) me posent.  S’inquiètent-ils vraiment de mon bilan sanguin potentiellement carencé ? Mangent-ils vraiment de la viande pour satisfaire leurs besoins nutritionnels ? Ou s’agit-il de l’excuse la plus facile qu’ils se sont trouvés, peut-être soufflée par l’industrie agro-alimentaire (j’insiste sur le peut-être), pour ne pas avoir à changer leurs habitudes de consommation ?

Je pense que la nouvelle commence tout doucement à s’étendre : les protéines (mais aussi le fer) ne se trouvent pas uniquement dans la viande. Ces coquines se cachent également dans les produits animaux (produits laitiers et œufs) et attention, gros scoop, mêmes dans les végétaux ! Ouf, nous sommes sauvés.

 

Pourquoi ne plus consommer (autant) de viande ?

La raison principale qui m’a poussée dans cette démarche est éthique. Oui, je l’avoue, j’aime les animaux, de mon poilu grincheux à la vache que je croise en montagne, en passant par le chat du voisin, son poisson ou encore les poules de ma grand-mère. J’ai un immense respect pour chaque espèce, et surement beaucoup trop d’empathie envers eux. Et depuis que j’en ai conscience, penser au calvaire vécu par les animaux d’élevage intensif de leur naissance à leur mort me rend extrêmement triste. Quant aux animaux d’élevage respectueux, leur vie est peut-être plus agréable, mais les conditions d’abattage restent les mêmes. D’ailleurs lorsque, sur l’autoroute nous dépassons un camion transportant du bétail, souvent en été par une chaleur à crever, j’ai énormément de mal à retenir mes larmes. Je me dis que si nous avions tous vu ou au moins conscience de ce parcours, la barquette de veau/bœuf/porc/poulet au prix dérisoire que nous mettons machinalement dans notre caddy au supermarché ne serait plus forcément si attractive.

Une seconde raison qui s’est rapidement dessinée est d’ordre écologique. Pour commencer, les élevages (industriels ou non) produisent énormément de déchets et de gaz à effet de serre. On nous embête sans cesse avec la pollution occasionnée par nos voitures, or il faut savoir que l’élevage en produit bien plus. Ce sont également d’énormes consommateurs de ressources (énergies, eau, céréales). Juste quelques chiffres pour se faire une idée : il faut 7 à 16 kilos de céréales et 15000 litres d’eau pour produire un kilo de viande de bœuf (contre 800 litres d’eau pour un kilo de blé). Alors que l’on a déjà conscience de notre incapacité à nourrir toute la planète et du désastre écologique vers lequel on court, ne serait-ce pas judicieux de réduire la consommation de viande pour pouvoir utiliser les céréales à destination des animaux au profit des humains ?

Et puis il y a d’autres arguments, notamment la santé, puisqu’il semblerait selon l’ANSES (l’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) que le français traditionnel consomme en moyenne trois fois trop de protéines carnées, mettant ainsi en péril sa santé.

 

Et en pratique, comment on fait ?

Forte de mes nouvelles convictions je bannis donc viandes et charcuteries de ma liste de course. Et après ? Qu’est-ce qu’on met dans nos assiettes ? On aime quand même bien manger alors il faut pouvoir compenser et en ne s’inspirant que de la cuisine traditionnelle française on a rapidement le sentiment de ne manger que des accompagnements. Même avec mes grosses résolutions toutes fraîches je n’aurai jamais tenu plus d’une semaine avec des pâtes et des légumes à l’eau.

Grâce à mon métier j’ai la chance de pouvoir côtoyer des collègues de toutes nationalités. J’ai notamment rencontré des indiens et des libanais qui m’ont fait découvrir des cuisines végétariennes et végétaliennes excellentissimes. J’avais donc déjà appris qu’il était possible de faire d’excellents plats à base de pois-chiches, de lentilles ou de haricots secs. Je me suis donc principalement inspirée des cuisines indienne et orientale pour mettre de la vie dans nos assiettes, dans un premier temps. Puis j’ai testé des recettes trouvées sur internet. Au départ je n’osais pas vraiment innover et je suivais les recettes très rigoureusement, et petit à petit je m’y suis mise. L’erreur ultime à ne pas commettre : chercher à remplacer la viande dans ton assiette par un steak de tofu ou de céréales. J’ai le souvenir d’un « chili au tofu » (où nous avions simplement remplacé la viande hachée par du tofu) qui était particulièrement dégueulasse. Aujourd’hui j’ai mon petit kit de recettes sympas que je cuisine au quotidien (que j’ai bien l’intention de partager) et j’ai également acheté un super livre de recettes qui me donne de chouettes idées : « Ma cuisine vegan pour tous les jours » par Stéphanie Tresch-Medici.

Crédit photo : Somesh Singh (Pexels)

Jusqu’à quel point faut-il aller ?

Tu n’es surement pas sans savoir qu’il y a plusieurs types d’alimentation qui permettent de réduire ou d’abolir la consommation de viande et de produits d’origine animale :

  • le flexitarien qui mange de tout mais de la viande ou du poisson que très occasionnellement
  • le végétarien qui ne mange ni viande ni poisson
  • le végétalien (ou vegan) qui ne mange aucun produit d’origine animale (fini le fromage, les yaourts mais aussi les œufs et le miel…)

A ce stade là j’étais un peu perdue dans mes réflexions. Ma démarche étant majoritairement motivée par des raisons éthiques, je me suis demandée si je ne devais pas aller encore plus loin et bannir également les produits animaux pour avoir une alimentation vegan. Ça serait plutôt logique après tout. Durant mes phases de réflexion j’ai lu « Faut-il manger des animaux » de Jonathan Safran Foer. J’avais entendu dire que ce livre qui lève le voile de manière très crue sur les conditions d’élevage et d’abattage des animaux (aux États-Unis) rendaient les gens végétariens. Certes, certains passages sont extrêmement durs, mais ce livre qui ne fait que dénoncer un système a renforcé ma conviction première : le refus de financer les acteurs de ces carnages en ne consommant pas (ou le moins possible) leurs produits. Tout comme l’auteur, je suis convaincue qu’il est possible de trouver des agriculteurs responsables, qui aiment leurs animaux et leur métier et qui ne les font pas souffrir. Ces pépites se trouvent sur les marchés, et je suis bien contente de voir qu’il y en a de plus en plus. Bien sur, tout cela à un coût, mais je me reconnais vraiment mieux dans cette façon de consommer : moins mais mieux.

En ce qui concerne la viande et le poisson, quelle qu’en soit l’origine, même si les animaux peuvent être élevés décemment, les conditions d’abattage restent le mêmes et tant que la loi obligera les agriculteurs à faire tuer leurs bêtes dans ces abattoirs je ne changerai pas d’avis. Sauf que…

 

Un pas après l’autre…

Si tu me le demandes, je te réponds machinalement que je suis végétarienne mais en vérité ça n’est pas aussi simple.

Pour commencer lorsque je suis en famille je n’ai souvent que le choix entre manger des produits carnés ou ne rien manger du tout, car nos proches ne jouent absolument pas le jeu. Et c’est fatiguant de devoir expliquer et justifier notre démarche à chaque fois pour rentrer dans le même débat stérile. J’essaie néanmoins à chaque fois de dire non merci, je n’aime plus. Parfois ça fonctionne (j’ai réussi à convaincre ma mère (une fois) de faire sa salade de pommes de terre sans lardons, et même qu’elle m’a dit que c’était bon « quand même »), mais souvent je me confronte à des grincements de dents. Alors il m’arrive tout de même d’apprécier le repas, mais souvent ça n’est pas le cas, car à ne plus manger de viande pendant longtemps j’ai de plus en plus de mal à en apprécier le goût et la texture. Dans ce cas précis je culpabilise beaucoup et j’ai grandement l’impression d’être une végétarienne en carton, mais je suis patiente et je persévère en espérant bien leur faire comprendre que je ne changerais pas de cap.

Enfin nous aimons aller au restaurant dans la mesure du possible nous favorisons les restaurants proposant des menus végétariens mais malheureusement ceux-ci sont encore rares. Alors parfois il nous arrive de manger viande ou poisson lors de nos sorties, mais en appréciant cette fois-ci. Ces sorties sont néanmoins de plus en plus rares, et je me réjouis de voir que même si elles sont peu nombreuses pour le moment, les alternatives végétariennes tendent tout de même à se développer dans les menus proposés.

 

Le mot de la fin

Donc dans ma vie quotidienne je suis un régime végétarien qui me convient à 100%, et parfois je fais quelques écarts assumés ou non. Je suis vraiment contente d’avoir fait ce choix de changer de régime alimentaire et de ne plus cautionner ces pratiques barbares. Les aliments que j’achète proviennent en majorité de petits producteurs locaux et grâce à cela je me sens maintenant bien dans mon assiette. Je trouve que c’est un gros travail et que la réussite d’une telle transition ne peut se faire qu’avec du temps et de la bienveillance envers soi-même. Des écarts il y en a eu et il y en aura encore, mais je suis convaincue que dans le future j’arriverai à m’affirmer face à mes proches, peut-être même à les convaincre d’effectuer eux-mêmes quelques changements.

 

 

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