Le syndrome de la page blanche

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Je t’en avais déjà fait part brièvement quand je me suis présentée, je suis chercheuse de métier.

Pas chercheuse d’emploi, hein ? chercheuse scientifique embauchée par le CNRS pour une durée déterminée. En langage de laboratoire je suis ce qu’on appelle un post-doc : j’ai obtenu mon doctorat et en attendant d’avoir assez d’expérience pour pouvoir me présenter aux concours qui me permettraient d’atteindre le Graal -un poste de chercheur permanent- j’effectue des « stages » postdoctoraux. Il s’agit de CDDs qui, cumulés, permettent de travailler sur un projet scientifique pour une période allant d’une année à cinq voire plus (toutefois, si jamais tu croises un post-doc un jour, je te déconseille de lui rappeler qu’il est stagiaire car cela réduirait significativement ton espérance de vie).

C’est un statut un peu précaire, puisque nous obtenons des contrats courts de six mois ou un an (voire deux pour les chanceux), qui tendent à être renouvelés… à condition bien sur que le laboratoire trouve le moyen de payer.

L’argent (le nerf de la guerre) alloué à un laboratoire par le CNRS et l’Université ne suffit bien évidemment pas à employer du personnel, donc pour pouvoir payer un post-doc il faut des financements extérieurs, les fameuses bourses qui soutiennent des projets scientifiques ou parfois directement les candidats.

Bien entendu, ces appels à projets sont très compétitifs et il faut tenter sa chance plusieurs fois avant d’espérer avoir son financement, dans la mesure où on est éligible puisque chaque organisme pose ses conditions, comme avoir travaillé à l’étranger au moins 2 ans, avoir moins de 30 ans, etc… (les listes sont longues)

Et du coup pourquoi je te dis ça ?

Parce qu‘en ce moment précis je devrais être en train de rédiger un projet qui me permettrait, s’il était retenu, de pouvoir travailler sur mon sujet de recherche deux ans supplémentaires.

Mais comme à chaque fois, l’idée de me faire juger par mes paires me paralyse et je suis confrontée au syndrome de la page blanche.

Ainsi depuis lundi, J-30 avant la clôture de l’appel à projets, jour où je m’étais dit « bon ma cocotte, c’est maintenant ou jamais » j’ai :

  • créé un nouveau document Word intitulé « projet »
  • nettoyé ma paillasse comme jamais avant
  • ordonné et nettoyé mon bureau
  • mis mon cahier de labo à jour
  • lancé trois ou quatre petites manips qui auraient pu attendre

Niveau boulot, je suis au top, mais en attendant le curseur clignote, complètement déprimé de ne pas voir arriver le moindre caractère.

Parce qu‘on choisit ce métier par amour de la science, et que jamais on ne nous avertit qu’on serait aussi chercheurs d’or (ou d’argent). Il faut savoir que dans le milieu de la recherche académique, les demandes de financement prennent un temps considérable à tous les chercheurs permanents et contractuels. J’ai l’impression de perdre mon temps, celui des autres, que de toute façon je n’en vaux pas la peine et que tout ça c’est de la politique…Et puis à quoi bon ? Les chances d’avoir un poste sont tellement minces au final !

Tu me trouves pessimiste ? pourtant les chiffres publiés par le CNRS sont affligeants :

En France, par année et toutes disciplines confondues, pour 30000 financements de doctorats, il n’y a que 3000 places en post-doc et un peu moins de 300 postes permanent d’ouverts aux concours.

Il faudrait qu’on m’explique un jour pourquoi on forme 30000 chercheurs par an si on ne leur fourni pas d’emploi ensuite.

Mais en attendant j’ai écrit ce billet et mon curseur clignote toujours dans le vide…

PS: Je me couche sereine en me disant que 100% des lauréats ont tenté leur chance et que demain, c’est sur, je m’y mettrais à fond !

 

Cet article fait parti du projet #52dentelles. Retrouvez les articles des copines sur Instagram et Facebook ! #blanc

2 Responses

  1. Lys

    J’espère que depuis tu t’y es mis à ton « projet » ! comme tu le dis si bien : 100% des lauréats ont tenté leur chance donc GO !!

    • Clémence

      J’ai jusqu’à mi-février… On est laaaarge 😉

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