Faire face à cette part d’ombre

 

Je me suis lancée dans mon premier régime à 19 ans. Ma mère, bien que peu avare de commentaires sur ma silhouette toute en rondeur d’aussi loin que je puisse me rappeler, a toujours refusé que je suive des régimes quand j’étais ado. Je pense que ça partait d’un bon sentiment, mais elle, elle l’était en continu, au régime, hein,…
*Fais ce que je dis mais pas ce que je fais*

Et puis en janvier 2007 j’ai dis MERDE, j’ai pris la décision, que dis-je, THE résolution, celle que je prenais tous ces p*tains de mois de janvier depuis mes 12 ans… J’allais PERDRE DU POIDS et dire adieu à ce corps tant détesté pour réussir à coller le mieux possible à la vision que je me faisais de la femme parfaite (selon mon éducation) : MAIGRE. Je devais perdre quinze à vingt kilos.

Mais cette année c’était différent, cette année-là j’y croyais vraiment car je comptais faire un régime sérieux, pas un de ces régimes de magazine, hein, en bonne fi-fille j’avais quand même retenue les mises en garde de ma chère mère et les risques des régimes à gogo, l’effet yoyo toussa toussa (en étant elle-même un parfait exemple).

Je pouvais me permettre de me lancer car j’avais mon propre compte en banque depuis mes débuts à l’université et j’en faisais plus ou moins ce que je voulais (dans la limite du stock disponible of course). Je me suis donc tournée vers le célèbre régime qui se vendait comme un « non-régime ». Le principe est bien connu, tu as un capital de point journalier, chaque aliment vaut des points –plus ou moins selon leur qualités nutritionnelles-, quand il ne te reste plus de points tu ne peux plus manger que des légumes. C’est SIM-PLI-SIME. Ce qui m’a séduit, c’est que cette méthode permet d’avoir un semblant de vie sociale et de garder relativement secret cette belle résolution toute neuve.

Ce que je ne savais pas encore, c’est qu’avec mon passé de réprimée de la bouffe, cette approche, comme n’importe quelle autre en fait, allait faire des ravages dans mon cerveau.

Je vais te la faire courte : j’ai perdu trois kilos en trois semaines. Ça commençait d’ailleurs à se voir, et je recevais avec grande fierté les compliments de la part de mes proches. Et puis j’ai commencé à péter mon câble, à avoir des besoins compulsifs de me remplir. Mais pas avec de la salade verte ! Avec des gâteaux, du chocolat, du SUCRE, du GRAS… J’ai donc repris ces trois kilos, et dix de plus.

J’ai fait une pause. Puis ce régime a été accessible sur internet. SUPER ! Comme j’avais mis mon échec sur le dos de ma pilule et que je venais d’en changer il me suffisait de retenter ma chance. Ce coup-ci j’ai perdu seize kilos. Je me contrôlais plutôt bien ! et un jour les piles de ma balance ont faibli, sans me prévenir les coquines, et lorsque je les ai changées j’ai trouvé cinq kilos de plus, et j’ai laissé tomber. Ça restera toutefois ma plus belle « réussite ».

Et ça a été comme ça pendant plus de dix ans. Mon poids a oscillé à plus ou moins dix kilos près. Mais au fil de mes tentatives j’y arrivais de moins en moins bien. Je perdais le contrôle de plus en plus rapidement. J’y ai alors ajouté le sport. Je me suis mise à courir. Pas pour moi, pas pour les sensations que cela pouvait m’apporter, je courrais pour maigrir. Maigrir, c’était mon but ultime, mon obsession permanente. Mais malgré la préparation de deux semi-marathons je ne m’y approchais même pas.

L’an dernier, après m’être inscrite une n-ième fois et engagée pour plusieurs mois (comme si l’engagement financier était psychologiquement gage de réussite), je me suis résignée au bout d’à peine quelques semaines. Et bam ! encore 120€ dans le c** par la fenêtre. Je passais mon temps à me remplir, à pleurer, à ne plus manger et à recommencer. C’était un échec de plus. Pourtant, depuis mes débuts, j’avais beaucoup grandi. En m’émancipant de l’environnement parental et sous l’influence de nombreux articles de blog fabuleux, mon idéal féminin avait bien évolué. J’ai compris la richesse qui émane de nos différences. Je voulais juste retrouver un IMC « normal » pour être en bonne santé.

Mais le mal était fait. Dans ma tête c’est carrément le bordel. Et il n’y a pas si longtemps j’ai d’ailleurs réalisé que mon comportement alimentaire porte un nom.

Je suis boulimique.

 

 

Crédit photo : Cat Smith (pexels)

Il m’aura donc fallu plus de 10 ans pour comprendre qu’aucun régime ne pourra jamais me soigner. Ce trouble est présent depuis mon enfance, caché dans l’ombre des innombrables « ne mange pas ça, tu vas grossir » et il s’est développé, fortifié et amplifié au fil de mes lamentables tentatives de contrôler mon alimentation. Aujourd’hui il m’empoisonne la vie. Ma mère avait raison : je n’aurai jamais dû me mettre au régime. A part la destruction de mon estime personnelle et de ma confiance en moi cela ne m’aura rien apporté.

Il y a peu, une copinaute m’a parlé du GROS (pour Groupement de Réflexion sur l’Obésité et le Surpoids). J’ai trainé un peu sur leur site, me suis familiarisée avec leur approche et ai découvert une liste de praticiens (diététiciennes et psychologues spécialisés dans les troubles du comportement alimentaire) dont une diététicienne près de chez moi. J’ai beaucoup hésité, j’ai lu, réfléchi, attendu… Et un soir j’ai composé le numéro de téléphone et –alors que j’espérai de toutes mes forces qu’elle ne décroche pas- j’ai pu prendre un premier rendez-vous…

Aujourd’hui Julie m’aide à me réconcilier avec la nourriture, et surtout avec moi-même. C’est un processus long et fastidieux, avec ses hauts et ses bas. Mais je suis persuadée d’être à présent sur la bonne voie. Je crois même apercevoir une toute petite lumière au fond du tunnel.

Il parait qu’il n’y a point d’ombre sans soleil…

 

Cet article s’inscrit dans le cadre du projet #52dentelles. Retrouvez les articles des copines sur Instagram et Facebook ! #soleil

  1. Lys

    Ohhh je suis touchée par ton témoignage. Ça a du être dur d’accepter tout ça. En tout cas je te souhaite de te reconcilier avec la nourriture et avec ton corps. Et c’est toujours dur face aux images de la femme parfaite … Même moi j’ai eu du mal à accepter mon corps même sans kilos en trop. C’est long et c’est un travail à faire sur soi mais il faut le faire. Tu vas y arriver.

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